Chapitre 3 - Etrange répétition
J’appellerai Jo, le birman à qui je confie le soin de me trouver un hôtel à Rangoon pour les 3 premières nuits… Finalement, après quelques échanges, lui avec moi, lui avec son correspondant en Birmanie, je décide de « booker » également les hôtels de Mandalay, Bagan, Taunggyi, Moulmein et 2 autres villes dont j’ai oublié les noms. Sur les conseils du correspondant birman, qui insiste sur la difficulté à trouver des hôtels dans les villes touristiques - je décide de régler la totalité de la somme avec ma carte Visa, ce qui me délivre de l’obsession d’avoir à « trimballer » des dollars avec moi (dollars en billets neufs je le précise pour ceux qui voyagent dans ce pays, les birmans refuseront tout billet légèrement écorné ou simplement un peu vieilli…)

Jo tape l’itinéraire et les hôtels retenus dont certains figurent sur internet, ce qui me rassure à priori. « Je vous donnerai les prix lorsque vous reviendrez de Mae Sariang » me dit-il. Mes appréhensions s’envolent quant à ce voyage, pas tant le côté rassurant de l’itinéraire prévu d’avance, mais plutôt soulagée à l’idée que mes dollars pourront servir, éventuellement, à autre chose qu’à payer les hôtels pendant ces 3 semaines.
La dernière fois qu’Agga a pu faire passer un message à sa mère, c’était en octobre dernier. Il lui faisait savoir qu’une amie française viendrait lui rendre visite en décembre. J’ai raconté plus haut mes réticences et le voyage de décembre reporté à ce jour.

Avant de me mettre en route pour Mae Sariang, je demande à Jo s’il a confiance en son correspondant. Il me répond : « Nous travaillons ensemble depuis plusieurs années. Je leur fais confiance, ils ont l’habitude de s’occuper de personnes importantes (sic) et ça vaut mieux dans le contexte actuel. Pas de problème »
De retour à l’agence quatre jours plus tard, Jo est supposé me donner les « vouchers » des hôtels plus celui du bus VIP de nuit entre Rangoon et Mandalay. A ma légère surprise, pas de « voucher » « On vous les donnera à votre arrivée à Rangoon. Quelqu’un viendra vous chercher à l’aéroport » me rassure-t-il… Mon inquiétude grandit cependant lorsque je constate qu’aucun des hôtels retenus précédemment ne figure sur la liste « Il a fallu les changer en catastrophe » dit Jo « car il y a tellement de mouvements là-bas, les chambres n’étaient plus libres. Mais vraiment, ils ont fait pour le mieux, soyez tranquille. »

Je voyage depuis des décennies. Le plus souvent seule et pas forcément dans les endroits les plus tranquilles de la planète. Sans appréhension jamais. Je fais confiance sans être naïve, ou plutôt je cultive cette part de naïveté en moi pour ne pas devenir une obsédée de la sécurité. Je laisse une chance à celui qui essaie de me « rouler », parfois avec amusement, lorsque l’arnaque n’est pas trop importante, parfois avec fermeté ou colère selon les circonstances. Je me suis toujours sortie de situations parfois épineuses, sans dommage sérieux autres que financiers. Pour tout dire, je suis mon instinct et ne m’aventure pas là où « je ne le sens pas »
Je fais confiance à Jo, refugié birman en Thaïlande (toujours cette tendance à faire confiance, à priori, aux opprimés !) J’ai aussi droit à la stupidité !
Je vais donc de surprise en surprise - les hôtels ne correspondent pas à ceux que je croyais. Pas de « voucher »… - et troisième surprise : le montant de la facture. Le correspondant de Rangoon m’a « bookée » dans des hôtels 4 étoiles ma parole ! Comme mon départ est prévu pour le lendemain : je paie.

Ce que j’appelle « surprises » ici à ce point de l’aventure, ne sont que légers désagréments que j’espère oublier très vite une fois que je serai sur la route. Je rassure Agga sur Facebook… Je le sens soulagé… il avait ressenti mes hésitations et m’avait même dit « ne te sens pas obligée, laisse tomber, si tu as des craintes ».
J’arrive à Rangoon le soir, en espérant qu’on n’aura pas oublié de venir me chercher car je ne dispose que d’une simple liste d’hôtels. Ouf ! Je lis mon nom sur une pancarte brandie par un birman de très belle allure, en longyi de soie grise et chemise traditionnelle. Accueil parfait. Presque « too much » car le comité d’accueil comprend aussi deux autres jeunes-femmes plutôt jolies, souriantes et discrètes qui s’inquiètent de savoir si j’ai fait un bon vol, si l’attente au guichet d’immigration n’a pas été trop long, si j’ai faim etc…Je me moque gentiment de Jo en sourdine, pensant qu’il a poussé le bouchon un peu loin sur l’importance de la voyageuse que je suis. J’oubliais de signaler, qu’en plus de ce comité d’accueil spécial, il y a aussi le chauffeur de la voiture. « Mon ami d’enfance » trouve moyen de dire mon hôte en longyi de soie.

vue de la fenetre de ma chambre
Arrivés à l’hotel « Panorama » le très mal nommé - hotel qui se trouve être le même que celui dans lequel je dormais dix ans plus tot avec mon fils - . « Longyi de soie » me rassure : « Il a été amélioré depuis dix ans vous savez.»... Ce que je ne constate pas à priori. Me revient aussitôt à la mémoire, cette première nuit où, horrifiée, je constatais en ouvrant le lit, qu’il était plein de fourmis. J’avais alors sommé la réception de venir immédiatement changer la literie. Je ne me fais pas encore la réflexion que certains évènements semblent se répéter.
« Longyi de soie » me donne un reçu avec le montant global des prestations encaissées par sa compagnie et une liste d’hôtels, sans leur adresse ni leur téléphone. Je m’en étonne. « Pas de problème » me dit-il « tous ces hôtels sont archi connus (sauf du guide Lonely Planète et de Google),, vous n’aurez pas de difficultés à les trouver ». Et puis il ajoute : « Passez à notre bureau lundi matin vers 9 heures, on vous donnera un « cell-phone », pour le cas où vous auriez un problème ou besoin de nos services. »
« Longyi de soie » me laisse sa carte et ses numéros de téléphone, bureau et personnel. Comment ne pas être rassurée dans ces conditions, même si le prix de l’hôtel ne correspond qu’à la moitié de ce que j’ai réellement payé…

« L’effet Rangoon » je me dis... « Les hôtels sont pleins et du coup ils augmentent leurs tarifs d’une nuit sur l’autre, c’est presque humain lorsqu’il y a plus de demandes que d’offres…. » Tout va bien, ou presque… je n’ai pas pu me brancher sur la Wi Fi qui ne fonctionne pas… il sera temps d’y penser demain… et puis, sans suivre les conseils de « Longyi », qui me recommandais de ne pas sortir seule le soir (évidemment pas d’éclairages de rue et trottoirs défoncés), je sors dans la nuit éclaboussée par les seules enseignes aux néons accrochées au pont qui enjambe la rue menant à la gare toute proche.
Je m’endors en pensant « étrange, comme « Longyi de soie » a un pur accent américain, pas du tout l’accent des birmans parlant l’anglais… et je mets ca sur la modernisation de l’enseignement en Birmanie !
Oui de vrais changements sont en train de se produire dans ce pays !
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